Récits de randos

Ma dernière randonnée avec Bisou. Récit hommage pour un âne extraordinaire.

 
Au mois de juin dernier, j’ai accompagné deux dames en randonnée.

J’ai choisi Rebelle et Bisou. Rebelle pour son courage et sa robustesse et Bisou, mon clown pour le charme de sa présence.

Je ne savais pas alors que j’allais le perdre quelques mois plus tard. Ce récit pour lui rendre hommage et saluer sa mémoire.

Il m’arrive, en dehors du gros de la saison d’accompagner les randonneurs qui le désirent. J’aime ces moments choisis, où je passe du temps avec mes marcheurs.

Christine et Jeanine ne maitrisent pas l’orientation et me donnent cartes blanches pour 3 jours de rando. L’occasion pour moi de rendre visite à mes « chouchous »

Nous partons pour l’abbaye de notre Dame des Neiges, un havre de paix au milieu de hêtres centenaires.

Après avoir appris le B.A.BA des grandes oreilles. Comment les aborder, leur mettre un licol, voir les règles de sécurité, le brosser, les papouiller, curer les pieds. Nous chargeons les sacoches sur les bâts.
J’ai prévenu mes randonneuses. Les ânes sont autant gourmands que malins…. Attention à la broute. Malgré ma présence, l’herbe nouvelle de ce début de mois de juin est trop tentantes… Bisou, toujours à l’initiative, se jette goulument sur les brins juteux !!!! Rebelle en profite. Mes nouvelles amies mettront vite en place la fermeté bienveillante que j’ai essayé de leur enseigner quelques heures auparavant !!!! Il en va de la résistance de leur biceps !!! Impossible d’accepter une journée à se laisser arracher les bras !!!  
Je souris et je suis ravie de les voir réagir ainsi. Nous avançons doucement… non pas que les ânes nous ralentissent, mais la vue des troupeaux de moutons au bord des chemins, le parfum enivrant des fleurs des champs émerveillent ces citadines. Nous décidons de déjeuner au bord de l’Allier, à Labrot. Le châtelain vient même nous saluer. Je paye ma première erreur…. J’ ai laissé les ânes brouter sans longe, trop confiante. Evidement mon Bisou, malgré un ventre dodu, n’en a pas assez. Dès que je me lève, il sait que le pique-nique est fini… Il commence à trottiner vers le château. Rebelle lui emboîte le pas !!! Inquiètes, Christine et Jeanine commencent à courir. Je les arrête…. Bisou va vite se remettre à brouter. N’oublions pas que les ânes sont aussi paresseux. Nous repartons le cœur léger.
 
Même si nous flirtons avec le chemin de Stevenson, la vieille randonneuse qui sommeille en moi, adore sortir des sentiers battus, je ne peux m’empêcher de découvrir d’autres itinéraires.
 
Ma curiosité nous amène au bord d’une rivière où, de la passerelle ne reste que les piles !!!!

Ah ah ah…. Nous savons tous, enfin, JE sais que les ânes n’aiment vraiment pas l’eau. Leur apprendre à traverser en confiance les gués constitue un gros chapitre de leur éducation.

 Mais là, ce n’est pas un gué…. C’est l’Allier, certes il n’est pas très gros mais j’ai bien 5 ou 6 mètres à parcourir avec une profondeur estimée à un peu moins d’un mètre en son milieu.

 Devant l’inquiétude des filles, je me dois rassurante, mais je ne suis pas fière. Je sais que je peux compter sur Rebelle. Aucune illusion pour Bisou, lui, ne mettra jamais un sabot dans l’eau sans une bonne raison du style : « ne me laissez pas là tout seul… ne m’abandonnez pas.  Je l’avoue : je ne suis pas brave »

Bon…. Je vais encore marcher les pieds mouillés. Je me lance. Allez Rebelle, on y va. Il hésite et renâcle un peu. Puis, tel l’âne vaillant et courageux que je connais, il accepte de me suivre. Nous avançons surement malgré un petit courant. Les vagues que nous formons lui et moi, arrivent à hauteur de ma banane…. J’y ai mon téléphone et mon GPS. J’accélère, on sort de l’eau. Je mets mon téléphone au sec, embrasse et remercie cet âne généreux. J’aide les filles qui ont quitté leurs chaussures à traverser. J’espérais que Notre Bisou nous rejoignent…. Nenni que nenni, il broute, à peine inquiet de l’autre côté.

 Je retourne sur l’autre rive. Je tire cette bête têtue, Je râle, je gronde, je supplie…. Rien n’y fait. Avec ses oreilles légèrement tombées, il semble me dire qu’il n’a rien à voir avec les grenouilles. Jeanine, qui a déjà donné son cœur à Bisou, me propose d’essayer… et vous savez quoi ????? Cet âne ingrat l’a suivit, elle !!!!!  Il a traversé la rivière avec une décontraction déconcertante…. Et même irritante !!!

 Mes randonneuses sont aux anges. Elles vivent l’aventure dont elles avaient rêvée. L’équipe est formée et très soudée. Je le sais, l’accompagnatrice de randonnée à cheval que j’ai été se souvient que ces événements sont fédérateurs et font tomber d’un coup toutes  les barrières. Le soleil qui me réchauffe scelle la promesse d’une randonnée heureuse.

 A la sortie des bois, après quelques heures de marche solitaires, l’abbaye apparait majestueuse et solennelle. Christine ne peut retenir ses larmes, l’émotion est trop forte. Nous sommes toutes trois très émues.

 Le frère Frédéric, ce jeune moine sympathique nous accueille. Il est surpris de me retrouver parmi les touristes, et moi je suis ravie de jouer pour une fois ce rôle. Nous devons partager le parc avec des chevaux. Nous trouvons en plus des granulés et le l’orge tout le matériel nécessaire pour partager le parc. Tous, chèvres dans leur cabane, chevaux et ânes seront en sécurité.

 Nous dînons avec de grandes tablées de randonneurs. L’occasion d’échanges cordiaux. Et moi, telle Mata Hari, je relève toutes les informations quant à l’accueil des gites empruntés. Ceci m’aidera à conseiller les futurs randonneurs. La vaisselle est commune, Chaque table se succède autour de la plonge. Sourires, mots sympas, politesse, gentillesse. Ce moment de partage reflète tant l’esprit du randonneur.

 Les chambres, sont spartiates mais confortables, le bord des fenêtres accueille des paires de chaussures. Le sommeil vient vite….

 Après le petit-déjeuner, il est tant de déposer dans l’urne l’argent que l’on souhaite laisser.

 

Un jeune homme fauché, que l’on a croisé la veille souhaite rester à l’abbaye en travaillant pour le gite et le couvert avant de poursuivre son chemin.

Un véritable saut dans le temps au milieu de valeurs essentielles.

Des forêts, des chemins, des animaux, le temps splendides nous donnent l’impression d’être partis depuis des lustres. Nous vivons une intimité amicale marquées par quelques rencontres. Un groupe de motards, tous plus polis les uns que les autres. Ils coupent tour à tour le moteur et mettent pied à terre, nous discutons un long moment avec une jeune femme  apicultrice de métier passionnée, motarde chevronnée, passionnée,  amoureuse et respectueuse de nature. Comme quoi, n’en déplaise aux mauvaises langues. Pour partager les chemins, rien ne remplace le respect des autres et la bonne humeur !!!

Après une initiation à la topographie, mes randonneuses, boussoles au poing, concentrées, maitrisent d’un tour de main, la conduite de l’âne et la l’orientation.

Nous arrivons au mas du Tilleul. Francine Derecque nous accueille chaleureusement. Les ânes s’abreuvent dans une magnifique fontaine restaurée. Après les  avoir admiré se rouler de bonheur dans leur pré, Francine nous offre un kir à la châtaigne. Quel changement !!!! Pieds nus dans la pelouse, au milieu de ce paradis de fleurs, nous bavardons décontractées. Un repas soigné, un gîte  coquet, nous sommes gâtées.

Eh oui, c’est le dernier jour !!! Après une matinée bucolique, nous allons déjeuner au pied d’une éolienne. Personnellement, j’ai toujours aimé ces gros moulins à vent, mes co-équipières se rallieront à mon avis quand nous inviterons un allemand à boire un thé avec nous. A peine le bruit surréaliste des pales qui fendent l’air.  Nous pourrions tout aussi bien murmurer.

L’avantage lorsqu’on voyage avec un âne, c’est que l’on peut se permettre du luxe…. Le luxe d’un réchaud à gaz et d’une collection de thé, café et tisane. Fort apprécié aussi par ce marcheur qui, un à un parcourt tous les GR de France. Il nous instruit sur le GR4, celui qui passe devant la ferme. C’est le sentier des matelots : il relie Royan à Cannes. Ca tombe bien, c’est celui que l’on emprunte pour rentrer à la maison. Il est étroit et raide, un jeu d’enfant pour les grandes oreilles, une épreuve pour Christine qui souffre du vertige.

Fières, fatiguées, ravies, nous terminons cette aventure autour d’une bière. Se séparer est difficile. Nous nous reverrons, c’est certain.

Nous sommes restées en contact. Jeanine m’a appelé pour me dire que cette randonnée l’avait aidé à prendre une décision difficile. Christine surmonte mieux le stress de cette vie pressée. Quant à moi, ce récit m’aide à faire le deuil de Bisou. Sa perfusion est encore branchée dans l’abri, je n’ai pas  eu le courage de l’enlever. Voici un âne qui a peu travaillé. Très malin et plus patient que les randonneurs, il avait compris qu’en faisant sa tête de mule, il  resterait  au prè quand ses frères partiront en rando. J’ai été obligé de renforcer la fermeture des portes… ils les ouvraient toutes !!!! deux heures pour rassembler le troupeau des ânes évadés !!!! Et malgré tout, le premier à appeler, le premier à réclamer des câlins. Le premier à  rentrer la tête dans le licol pour balader…. Avec moi, bien sur !!!

Bisou, petit âne gris, j’espère que depuis le paradis des animaux, tu les reçois tous les bisous que je t’envoie.

 

 

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